Évaluations du marché

La BNS reprend ses achats de devises

Après une longue période sans intervention notable sur le marché des changes, la BNS a acheté des devises au deuxième trimestre 2025 pour freiner l’appréciation rapide du franc. Une déclaration commune avec les États-Unis limite à l’avenir les interventions de grande ampleur.

Valentino Guggia
Publié
Temps de lecture: 4 minutes

Comment la BNS intervient-elle sur le marché des changes?

Au deuxième trimestre 2025, la Banque nationale suisse (BNS) a de nouveau agi sur les marchés des changes en achetant des devises, réalisant des opérations d’une contre-valeur d’environ 5 milliards de francs, leur niveau le plus élevé depuis la fin des intérêts négatifs en 2022. Dans la période qui a suivi, marquée par une inflation relativement élevée pour la Suisse, la BNS est intervenue souvent sur les marchés des changes, mais dans le sens inverse. En vendant des devises, elle a toléré et facilité l’appréciation du franc, contribuant ainsi à réduire l’inflation importée de l’étranger. Ainsi la BNS a-t-elle réduit son stock de monnaies étrangères de 160,5 milliards de francs entre le troisième trimestre 2022 et la fin 2023. Par la suite, elle est restée pratiquement inactive jusqu’au deuxième trimestre 2025, lorsque le dollar américain s’est nettement replié en raison de la perte de confiance mondiale provoquée par la politique douanière erratique du président américain Donald Trump.

Les données de la BNS indiquent que la banque centrale préfère intervenir ponctuellement pour alléger la pression plutôt qu’acheter régulièrement sur une longue période. De tels achats continus pourraient attirer l’attention des États-Unis s’ils dépassent un certain seuil. Si la BNS était accusée de manipuler sa monnaie, elle pourrait s’attirer des sanctions. C’est précisément dans ce contexte que le gouvernement américain, le Département fédéral des finances et la Banque nationale suisse ont adopté fin septembre une déclaration commune légalement non contraignante sur les questions macroéconomiques et les taux de change. Cette déclaration confirme d’une part que les interventions sur le marché des changes sont, pour la BNS, un outil de politique monétaire important qui lui permet de garantir des conditions monétaires adéquates et de remplir son mandat de stabilité des prix. Elle s’oppose d’autre part aux pratiques monétaires qui mènent à l’ajustement de la balance des paiements ou génèrent des avantages compétitifs inéquitables.

De ces intentions laconiques, on peut tirer la conclusion suivante: bien que les États-Unis donnent leur feu vert à l’achat de devises en période de volatilité, ils ne toléreraient pas une période d’achat aussi longue que dans les années 2010, lorsque la BNS a systématiquement défendu le cours plancher de l’euro par des interventions sur le marché des changes.

Les droits de douane élevés et l’appréciation du franc mettent à mal les sociétés suisses qui exportent aux États-Unis. Aucune détente ne se dessine à court terme. Au plan diplomatique, il n’y a pas eu de grande avancée dans les négociations sur la réduction des droits de douane élevés de 39%. La situation risque même de se détériorer si les droits de douane redoutés sur les produits pharmaceutiques sont effectivement instaurés. Au plan monétaire, l’appréciation du franc, ou plutôt l’affaiblissement du dollar, ne semble pas relever du domaine d’influence de la BNS. La confiance dans le dollar américain s’étiole au niveau mondial, tandis que le franc, à titre de valeur refuge, continue d’attirer des capitaux, quoiqu’au prix d’un faible taux d’intérêt. Les marchés à terme ne croient pas à un renversement de tendance: sur la base des cours actuels, la probabilité que le dollar américain vaille moins de 72 centimes dans cinq ans est d’environ 70%.

Comment la BNS investit-elle ses réserves de devises?

Outre les données relatives aux opérations de change, la BNS publie des informations sur la manière dont elle place ses réserves de devises. Avec la forte hausse du total de son bilan pendant la dernière décennie, la gestion de patrimoine active a gagné en importance à la BNS. Comme les placements en devises, qui se montent à quelque 740 milliards de francs, représentent environ 90% du total au bilan de la BNS, ils ont un impact majeur sur le résultat annuel de la banque centrale et, partant, sur les distributions aux cantons. L’allocation des placements en devises se compose d’une quote-part d’obligations élevée de 75% (dont 64% d’emprunts d’État) et d’une quote-part d’actions conservatrice de 25%. La répartition par monnaie est dominée par l’euro (40%) et le dollar américain (36%), suivie par des positions plus modestes en yens, en livres sterling et dans d’autres monnaies.

Grâce au rapport trimestriel établi par l’Autorité américaine de surveillance des marchés boursiers (SEC), les investissements de la BNS dans des actions américaines sont transparents. La BNS dispose d’un portefeuille diversifié de plus de 2300 actions américaines, pour une valeur totale de 167 milliards de dollars. Les investissements dans la tech se distinguent nettement, avec plus de 42 milliards de dollars dans seulement cinq entreprises. Encore une spécificité de cette institution considérée comme conservatrice, mais qui détient un portefeuille d’actions plus fourni que toute autre banque. Il sera intéressant de suivre l’évolution de cette exposition à la tech dans les prochains mois, surtout après les récentes mises en garde de la Banque d’Angleterre contre l’émergence d’une bulle de l’IA.

Disclaimer
Les informations contenues dans la présente publication de la Banque Migros SA servent à des fins publicitaires et d’information conformément à l’art. 68 de la loi sur les services financiers. Elles ne sont pas le résultat d’une analyse financière (indépendante). Elles ne peuvent en aucune façon être interprétées comme une incitation, une offre ou une recommandation portant sur l’achat et la vente d’instruments de placement, sur la réalisation de transactions particulières ou sur la conclusion de tout autre acte juridique, mais sont données uniquement à titre descriptif et informatif. Ces informations ne constituent ni une annonce de cotation, ni une feuille d’information de base, ni un prospectus. En particulier, elles ne constituent ni une recommandation personnelle ni un conseil en placement. Elles ne tiennent pas compte des objectifs de placement, du portefeuille existant, de la propension au risque, de la capacité de risque ni de la situation financière ou d’autres besoins particuliers du ou de la destinataire. Le ou la destinataire est expressément invité(e) à prendre ses éventuelles décisions de placement sur la base de ses propres clarifications, y compris l’étude des feuilles d’information de base et prospectus juridiquement contraignants, ou sur la base des informations fournies dans le cadre d’un conseil en placement. Les documents juridiquement contraignants sont disponibles sur banquemigros.ch/fib, pour autant qu’ils soient obligatoires et fournis par l’émetteur. Le contenu de la présente publication peut avoir été créé, en tout ou en partie, à l’aide de l’intelligence artificielle. Lorsqu’elle fait appel à l’intelligence artificielle, la Banque Migros SA applique des technologies choisies et ne publie aucun contenu généré automatiquement sans vérification humaine. Indépendamment du fait que les présentes informations aient été créées avec ou sans le soutien de l’intelligence artificielle, la Banque Migros SA n’en garantit ni l’exactitude ni l’exhaustivité et décline toute responsabilité en cas de pertes ou dommages éventuels de quelque nature que ce soit pouvant résulter de ces informations. Les présentes informations constituent seulement un instantané de la situation à la date d’impression et ne sont pas automatiquement revues à intervalles réguliers.

Cet article vous a-t-il plu ?

Articles similaires

Afficher tous les articles
Évaluations du marché

Prévisions immobilières du 4e trimestre 2026 – Le marché résidentiel en surchauffe

Michelle Müller
Évaluations du marché

Marché intérieur de l’UE: un seul marché, des frontières multiples

Santosh Brivio
Évaluations du marché

Prévisions de taux d’intérêt – octobre 2026 : vers une nouvelle crise de la zone euro ?

Votre appel a été lancé

Veuillez noter que cet appel est transmis de manière non cryptée, comme lors d'un entretien téléphonique normal.