Des matières premières plutôt que des centres de données
L’Amérique latine est l’antichambre de l’ère de l’IA, non avec ses datacenters, mais avec ses mines qui fournissent les matières premières essentielles à ces infrastructures. La tech US et asiatique capte l’attention mais les marchés des pays latino-américains miniers sont encore vus avec réticence.
En bref
– La région profite de deux avantages: une offre structurellement limitée de cuivre, d’or et d’argent et une demande accrue induite par l’électrification, l’expansion des réseaux et les centres de données d’IA, cependant que les mines peinent à répondre à la demande en raison de la faible teneur en minerai, de la raréfaction de l’eau et des accidents.
– Un dollar plus faible améliore les bilans dans de nombreux pays, car la dette en dollars devient plus soutenable, les primes de risque diminuent et le capital coûte moins cher, tandis que les monnaies locales plutôt fortes comme le sol ou le peso augmentent les gains pour les investisseurs étrangers.
– L’avènement de gouvernements plus favorables au marché dans des pays comme la Colombie et le Pérou réduit les primes de risque pays et soutient les valorisations, mais reste une arme à double tranchant: en cas de déception après des attentes excessives, les mouvements de cours peuvent vite s’inverser.
Cette année, l’Amérique latine figure parmi les marchés financiers les plus robustes du monde, bien qu’elle n’abrite aucun grand acteur de l’intelligence artificielle (IA). Des marchés comme la Colombie et le Pérou, qui ont progressé de plus de 25% depuis le début de l’année, en sont les grands gagnants. Ces deux pays conjuguent trois atouts de taille: des prix des matières premières élevés, l’arrivée d’un gouvernement favorable au marché et des valorisations initiales faibles.
Tous les marchés ne bénéficient pas de cette tendance positive. Depuis le début de l’année, les actions chiliennes affichent une performance légèrement négative. Quant au marché brésilien, qui évoluait dans le peloton de tête jusqu’à récemment, voit ses cours s’effondrer depuis la surprenante victoire électorale de Luiz Lula.
Trois tendances de fond pour l’Amérique latine
Trois tendances de fond expliquent les différences entre les pays d’Amérique latine: le supercycle des matières premières, la faiblesse du dollar et les changements politiques. Lorsque ces tendances se combinent, le marché s’apprécie. Lorsqu’elles sont absentes ou s’inversent, comme au Chili ou au Brésil, le marché commence à réagir par des baisses de cours.
La tendance de fond «supercycle des matières premières»: le métal bat la conjoncture
L’essor actuel de l’IA se reflète surtout dans les indices de la tech et des semi-conducteurs. Mais il dépend de ressources qui viennent des mines d’Amérique latine, bien loin des salles des serveurs. Cette année, l’or, l’argent et le cuivre ont atteint des niveaux considérables, voire des records.
L’or profite du fait que les banques centrales substituent progressivement le métal jaune à leurs réserves de dollars. Le cuivre, quant à lui, jouit d’une demande soutenue car l’électrification, le développement des réseaux et les centres de données d’IA requièrent d’énormes quantités de cuivre. Un seul grand centre de données peut en contenir jusqu’à 50 000 tonnes, sans compter les lignes de raccordement et les transformateurs.
Mais les conséquences tardives de l’effondrement du marché des matières premières il y a une dizaine d’années se font ressentir. Bon nombre de producteurs avaient alors réduit ou reporté leurs investissements. On en fait les frais maintenant parce que l’offre ne peut s’adapter que lentement à la demande accrue. Au Chili, par exemple, la baisse des teneurs en minerai, les accidents, la raréfaction de l’eau et les pannes dans des mines comme Escondida et Collahuasi freinent l’extraction.
La tendance de fond «recul du dollar»: un vent arrière aux effets secondaires
En faiblissant, le dollar profite doublement aux pays émergents. Premièrement, il réduit le coût des matières premières, échangées dans le monde entier en dollars américains, pour les acheteurs disposant d’autres devises. Ce phénomène soutient la demande et donc les producteurs.
Deuxièmement, la situation financière de nombreux États et entreprises d’Amérique latine s’améliore, car leur dette est souvent libellée en dollars américains. Si le dollar baisse, le paiement des intérêts et les amortissements en monnaie locale sont plus supportables, sans effort supplémentaire. Les bilans semblent plus solides, les primes de risque diminuent et les coûts de financement s’allègent. En même temps, les importations deviennent moins coûteuses, ce qui atténue l’inflation et offre aux banques centrales plus de latitude pour abaisser leurs taux d’intérêt.
Pour les investisseurs étrangers, des effets de change viennent s’ajouter: les poussées d’appréciation du real, du sol ou du peso colombien peuvent renforcer leurs revenus. Mais au Mexique, on observe l’inconvénient d’une monnaie locale trop forte: le peso, très robuste, amenuise les marges exportatrices, si bien que l’indice des directeurs des achats de l’industrie stagne à environ 48 points, soit sous le seuil de croissance.
La tendance de fond «changement politique»: les marchés anticipent les résultats des élections
En Amérique latine, les orientations politiques sont un moteur essentiel pour les bourses. Dans des pays comme la Colombie, le Pérou et le Chili, les dernières élections ont conduit à la formation de gouvernements parfois plus favorables au marché. Cela a réduit les primes de risque pays et dynamisé les valorisations boursières.
C’est l’anticipation qui est décisive, et non le résultat du scrutin en soi. En effet, les cours s’ajustent sur les marchés dès que les sondages ou les marchés de prédiction indiquent qu’un changement de direction est plausible. Les achats ou les ventes ont souvent lieu avant même le scrutin.
Les élections clarifient des sujets généralement considérés comme acquis sur des marchés plus matures, telles que la rigueur budgétaire, les taxes sur les matières premières, l’influence des entreprises publiques ou l’indépendance de la banque centrale. Lorsque la prime de risque pays baisse, les rendements des emprunts d’État baissent et, partant, le taux d’escompte qui sert à actualiser les futurs bénéfices des entreprises. Les cours des actions peuvent donc augmenter sans que les bénéfices eux-mêmes ne s’améliorent.
Mais ce mécanisme ne fonctionne pas de manière symétrique. Si un changement politique favorable au marché est déjà intégré dans les cours, le potentiel supplémentaire en cas de victoire électorale effective est minime. Et une déception ou un résultat inattendu peut provoquer des replis boursiers importants, comme on a pu le constater récemment après la victoire de Lula au Brésil.
Conclusion pour les investisseurs
À l’heure actuelle, l’Amérique latine est avant tout un marché axé sur les matières premières et la politique qui bénéficie de l’essor de l’IA, mais ce n’est pas un deuxième marché des technologies d’IA. La région profite de ses ressources en métaux, caractérisées par une rareté structurelle, et d’un rebond de la demande alimenté par l’électrification et les centres de données. Le fléchissement du dollar améliore la qualité des bilans, mais aussi les conditions de financement de nombreux acteurs économiques et États de la région.
Les investisseurs qui surpondèrent déjà les fabricants de puces asiatiques peuvent s’exposer à cette région à titre complémentaire, sans doubler le même risque. Cela étant, les monnaies et la politique restent les principaux facteurs d’incertitude. La robustesse du franc suisse peut atténuer les revenus des investisseurs suisses, tandis que les revirements politiques ont la capacité de réorienter les cours du jour au lendemain.
L’Amérique latine représente donc un ajout intéressant, mais largement influencé par les cycles et l’actualité, avec des risques et des opportunités étroitement liés aux mines, aux monnaies et aux scrutins électoraux.
Disclaimer
Les informations et appréciations (subjectives) («informations») contenues dans la présente publication de la Banque Migros SA servent à des fins publicitaires et d’information au sens de l’art. 68 de la loi sur les services financiers. Elles ne sont pas le résultat d’une analyse financière (indépendante). Ces informations s’adressent aux personnes domiciliées en Suisse et non assujetties à l’impôt aux États-Unis. Elles ne peuvent en aucune façon être interprétées comme une incitation, une offre ou une recommandation portant sur l’achat et la vente d’instruments financiers, sur la réalisation de transactions particulières ou sur la conclusion de tout autre acte juridique, et sont données uniquement à titre descriptif et informatif. Ces informations ne constituent ni une annonce de cotation, ni une feuille d’information de base, ni un prospectus. En particulier, elles ne constituent ni une recommandation personnelle ni un conseil en placement. Elles ne tiennent pas compte des objectifs de placement, du portefeuille existant, de la propension au risque, de la capacité de risque, de la situation financière ni d’autres besoins particuliers du ou de la destinataire. Le ou la destinataire est expressément invité(e) à prendre ses éventuelles décisions de placement sur la base de ses propres clarifications, y compris l’étude des feuilles d’information de base et prospectus juridiquement contraignants, ou sur la base des informations fournies dans le cadre d’un conseil en placement. Les documents juridiquement contraignants sont disponibles sur banquemigros.ch/fib, pour autant qu’ils soient obligatoires et fournis par l’émetteur. Le contenu de la présente publication peut avoir été créé, en tout ou partie, à l’aide de l’intelligence artificielle. Lorsqu’elle fait appel à l’intelligence artificielle, la Banque Migros SA applique des technologies choisies et ne publie aucun contenu généré automatiquement sans vérification humaine. Indépendamment du fait que les présentes informations aient été créées, en tout ou partie, avec ou sans l’aide de l’intelligence artificielle, la Banque Migros SA n’en garantit ni l’exactitude ni l’exhaustivité ni l’actualité et décline toute responsabilité en cas de pertes ou dommages éventuels, de quelque nature que ce soit, pouvant résulter de ces informations. Les performances passées ne préjugent pas des évolutions futures. Les présentes informations constituent seulement un instantané de la situation à la date de publication et ne sont pas automatiquement revues à intervalles réguliers.