La monnaie hélicoptère bientôt de retour?
Le président américain Donald Trump a récemment déclaré qu’il allait verser 2000 dollars à chaque citoyen américain pour compenser les hausses de prix induites par les droits de douane. D’où provient cette idée et quelles conséquences pourrait-elle avoir?
Chers lecteurs, dans cette édition de notre colonne «Point de vue», je vous propose un exercice de gymnastique intellectuelle. Supposez que lors d’une promenade par un bel après-midi d’automne, un hélicoptère passe à proximité et largue une pluie de billets de banque. Au point que vous puissiez en ramasser pour l’équivalent de la moitié de votre revenu mensuel. Vous pensez qu’il s’agit d’un événement exceptionnel et que ce montant n’est pas suffisant pour changer votre train de vie. Par conséquent, qu’allez-vous en faire?
C’est la réflexion à laquelle s’est prêté l’économiste américain Milton Friedman à la fin des années 1960. Milton Friedman est le principal fondateur du monétarisme, théorie économique qui postule que le contrôle de la masse monétaire par la banque centrale est le principal facteur déterminant la croissance économique. L’expansion de la masse monétaire par actionnement de la planche à billets conduit à une croissance plus élevée, au risque cependant de générer de l’inflation. Il s’agit donc d’un exercice d’équilibriste. Avec sa métaphore de l’hélicoptère, Milton Friedman a tenté d’illustrer sa thèse et de montrer que la hausse de la consommation privée, et donc de la demande, entraînait une augmentation correspondante de l’inflation. C’est ce qu’on appelle la neutralité monétaire: la monnaie est neutre et n’a pas d’effet sur l’économie réelle.
De la théorie à la pratique
Mais les hypothèses posées par les modèles théoriques ne se retrouvent pas toujours dans la réalité. Certains mécanismes de transmission et distorsions peuvent conduire à une augmentation des prix différée ou partielle. C’est le cas lorsque les ménages ne dépensent pas immédiatement l’argent reçu, ou que les prix sont réglementés.
Passons maintenant à la pratique. La proposition de Milton Friedman a été ignorée pendant des décennies, jusqu’aux années 2000, lorsque le gouverneur de la Réserve fédérale américaine de l’époque, Ben Bernanke, a rouvert le débat public. Selon lui, «l’hélicoptère monétaire» constitue un outil hors du commun pour relancer l’économie dans un contexte déflationniste. Cet outil n’a été mis en œuvre que lors de la pandémie de Covid: en 2020, le gouvernement américain a émis 500 milliards de dollars de nouveaux emprunts d’État, qui ont ensuite été rachetés par la Réserve fédérale et donc financés indirectement pour verser 1000 dollars à chaque citoyenne et chaque citoyen. Aucune analyse ne démontre clairement l’impact de cette mesure sur la croissance économique. La vague d’inflation qui a frappé les États-Unis et le monde entier dans les années qui ont suivi a été causée par de nombreux facteurs, et l’impact de l’hélicoptère monétaire a probablement été limité.
Compenser les droits de douane
La semaine dernière, Donald Trump a remis le sujet sur la table. Cette fois, le chèque – ou «tariff rebate check» selon les mots du président américain – de 2000 dollars servirait à indemniser la population américaine pour la hausse des prix à la consommation due aux droits de douane. Le secrétaire au Trésor Scott Bessent a ensuite calmé le jeu en précisant qu’en cas de mise en œuvre effective, un plafond de revenus serait appliqué, et que la forme de l’indemnisation restait à définir. Une réduction d’impôt pourrait être envisagée.
Indépendamment des modalités concrètes, cet hélicoptère monétaire est-il vraiment nécessaire? Malgré les droits de douane, l’économie américaine demeure solide. Le taux de chômage a certes légèrement augmenté récemment, mais il reste nettement inférieur à sa moyenne à long terme. D'un point de vue conjoncturel, une telle mesure ne paraît guère nécessaire, et dans le meilleur des cas, elle ne ferait que détériorer les finances publiques et creuser davantage la dette. Au pire, elle pourrait stimuler l’inflation, déjà orientée à la hausse. L’inflation s’écarterait encore de l’objectif de 2% de la Fed et freinerait le cycle de baisse des taux directeurs, que Donald Trump lui-même juge trop lent.
Rien n’est encore écrit et il est bien possible que l’idée de recourir à cette mesure controversée fasse long feu. Les Américains ne risquent donc pas de sitôt d’être surpris par une pluie de billets lors de leurs prochaines promenades.
Disclaimer
Les informations contenues dans la présente publication de la Banque Migros SA servent à des fins publicitaires et d’information conformément à l’art. 68 de la loi sur les services financiers. Elles ne sont pas le résultat d’une analyse financière (indépendante). Elles ne peuvent en aucune façon être interprétées comme une incitation, une offre ou une recommandation portant sur l’achat et la vente d’instruments de placement, sur la réalisation de transactions particulières ou sur la conclusion de tout autre acte juridique, mais sont données uniquement à titre descriptif et informatif. Ces informations ne constituent ni une annonce de cotation, ni une feuille d’information de base, ni un prospectus. En particulier, elles ne constituent ni une recommandation personnelle ni un conseil en placement. Elles ne tiennent pas compte des objectifs de placement, du portefeuille existant, de la propension au risque, de la capacité de risque ni de la situation financière ou d’autres besoins particuliers du ou de la destinataire. Le ou la destinataire est expressément invité(e) à prendre ses éventuelles décisions de placement sur la base de ses propres clarifications, y compris l’étude des feuilles d’information de base et prospectus juridiquement contraignants, ou sur la base des informations fournies dans le cadre d’un conseil en placement. Les documents juridiquement contraignants sont disponibles sur banquemigros.ch/fib, pour autant qu’ils soient obligatoires et fournis par l’émetteur. Le contenu de la présente publication peut avoir été créé, en tout ou en partie, à l’aide de l’intelligence artificielle. Lorsqu’elle fait appel à l’intelligence artificielle, la Banque Migros SA applique des technologies choisies et ne publie aucun contenu généré automatiquement sans vérification humaine. Indépendamment du fait que les présentes informations aient été créées avec ou sans le soutien de l’intelligence artificielle, la Banque Migros SA n’en garantit ni l’exactitude ni l’exhaustivité et décline toute responsabilité en cas de pertes ou dommages éventuels de quelque nature que ce soit pouvant résulter de ces informations. Les présentes informations constituent seulement un instantané de la situation à la date d’impression et ne sont pas automatiquement revues à intervalles réguliers.