Les hyperscalers américains arrivent sur le marché obligataire suisse
Les grands groupes de la tech américaine ont découvert le marché obligataire suisse comme nouvelle source de financement. Ces derniers mois, des entreprises telles qu’Alphabet (Google) et Amazon ont émis des emprunts en francs suisses afin de financer leurs investissements massifs dans les infrastructures d’intelligence artificielle (IA).
Les hyperscalers font face à d’énormes défis financiers, car ils développent leurs infrastructures d’IA pour répondre à la demande croissante de services cloud et de technologies à hauts volumes de données. Sur l’ensemble de l’année en cours, les entreprises de la tech US prévoient d’investir 900 milliards de dollars. Ce montant doit couvrir la construction de centres de données, le développement de nouvelles technologies et la mise à l’échelle de leurs réseaux mondiaux. Pour financer ces projets, les entreprises recourent de plus en plus à l’emprunt et diversifient leurs sources de financement sur différentes zones monétaires.
Pourquoi le marché obligataire suisse?
Le marché obligataire suisse offre plusieurs avantages aux entreprises internationales. L’un des premiers est le niveau historiquement bas des taux d’intérêt en Suisse, qui offre aux émetteurs très solvables comme Alphabet et Amazon des conditions avantageuses. Le marché suisse est également connu pour sa stabilité et pour la forte demande des investisseurs institutionnels dotés d’importantes liquidités, tels que les caisses de pension. Néanmoins, l’émission d’obligations en francs suisses comporte aussi des risques, notamment le risque de change associé aux fluctuations des taux de change. L’échelonnement des échéances et la couverture par des opérations à terme permettent aux émetteurs de se prémunir contre ce risque.
Les émissions obligataires réalisées par les hyperscalers sont parmi les plus importantes qu’ait connues le marché suisse. Alphabet a ainsi levé environ 3 milliards de francs sur le marché obligataire suisse en février 2026, et Amazon 2,82 milliards de francs en mai 2026. Chacune de ces émissions représente près de 2% de la totalité des obligations d’entreprises suisses existantes. Pour la plupart, ces obligations ont été émises à long terme, ce qui permet aux émetteurs de planifier avec certitude leurs projets d’investissement pluriannuels.
Peu d’impact sur le niveau des rendements
Bien que les émissions massives des hyperscalers américains aient représenté plus de 20% du total des émissions investment grade sur le marché obligataire suisse, elles n’ont influencé le niveau des rendements que marginalement. À l’heure actuelle, rien n’indique que ces émissions aient contribué à une hausse générale des rendements. Au contraire, les primes de risque – c’est-à-dire les intérêts supplémentaires exigés par les investisseurs pour compenser le risque de défaut – ont légèrement diminué dans plusieurs domaines. Cependant, la forte demande d’obligations Alphabet et Amazon a contraint certaines entreprises suisses à reporter ou à réduire leurs émissions pour ne pas concurrencer directement les hyperscalers.
Des risques et des opportunités pour le marché suisse
La présence des hyperscalers sur le marché obligataire suisse présente à la fois des risques et des opportunités. D’un côté, elle permet d’investir dans des obligations liquides fortement valorisées émises par des sociétés jouissant de bilans solides et de flux de trésorerie stables, avec un taux de rendement réellement positif, contrairement aux obligations d’État. De l’autre, elle crée un risque de concentration, car les émissions massives des hyperscalers peuvent rapidement représenter une part considérable des indices obligataires. Cela pourrait obliger les investisseurs à limiter leurs positions sur ces obligations et contraindre les entreprises à offrir des rendements plus élevés.
(Photo: Keystone / Ennio Leanza)
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